Georges

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mardi 24 avril 2018

Les temps sont durs pour les loser

Mail de pôle emploi : S'en sortir ensemble
Mail de ma banque : Il était une fois vos projets
Au café je m'installe à côté d'un mec qui parle non stop à deux autres mecs qui opinent comme des peluches de plage-arrière. Il déroule un discours qui colle parfaitement à ce qu'on attend de chacun en ce moment. Il a un ton de lettre de motivations : dynamique et motivé. Il exhale l'efficacité, il incarne son époque, il porte la montre qu'il faut, le costume qu'il faut, il a la barbetaillée comme il faut...
Il était une fois ses projets.
Ces derniers temps, j'ai le don de me retrouver à proximité immédiate de ce genre de personnes qui sacralisent leur job, qui se branlent sur leur situation, fiers qu'ils sont de l'abnégation dont ils ont su faire preuve au moment opportun.
Il emploie ce qui est, de mon point de vue, le champ lexical de l'emmerdement suprême : positionnement, projet, nouvelle dimension, perspective, pierre à l'édifice, culture d'entreprise, team building, prestation, axe d'amélioration, force, opportunités, valorisation.
Je pense : poutre, corde, tabouret, arsenic, shooter de Destop, tête dans la friteuse.
Il dit que c'est le job qui fait l'homme.
Ça me rend triste, cette phrase à la con me tombe sur les épaules comme la misère sur le pauvre monde. J'arrive pas à croire qu'on en est là.
Je suis pas seulement confrontée au discours d'un mec qui a la gagne, un genre de cas isolé,non, c'est le modèle standard, jeune homme de son temps prêt à tout déglinguer. Sa marge de progression est exponentielle et il ne s'est pas contenté de comprendre le principe de la start up nation, il en est le fruit mûr gorgé d'espoir.
Le job qui fait l'homme, l'absence de job qui t'annule.
On est en train de se faire coloniser par des mecs en chaussures pointues, cravates et éléments de langage rodés pour la conquête d'un monde qui n'est pas fait pour les filles qui traînent dans les cafés avec la gueule dans le cul à 9h du matin.
Bon, c'est pas simplement par esprit de contradiction, mais je répondrais bien au Pôle emploi que je suis pas sûre que ce soit ensemble qu'on s'en sorte.
Les temps sont durs pour les loser.