Georges

Georges

dimanche 4 mars 2018

Cinquième Lombaire /

À chaque mouvement depuis vendredi, je sens une charge électrique qui passe entre mes reins. Je souffre, j'en rajoute, je maudis la douleur qui me tient compagnie. Perchée à la poudre d'opium microdosée, je repense à mes convalescences passées, adorées, romantisées. 
Pourtant cette fois, je me réveille rompue.
1,2,3,4eme jour. J'en peux plus. 
J'ai l'habitude des douleurs psychiques, serrer les dents et attendre que ça passe, marcher loin, courir après ma superbe. J'ai l'habitude de répondre à la douleur par l'action, me reposer en toute confiance sur mes jambes anxiolytiques. 
J'ouvre grand la fenêtre, je laisse la température négative du dehors se charger d'assainir les restes de ma nuit. Les chattes rôdent, elles espèrent que je me lève pour leur filer à bouffer. Seulement voilà, j'ai retrouvé la couette directement après avoir boité jusqu'à la fenêtre pour permettre à la lumière de jaillir, invitant le soleil et le froid à se partager l'espace. Dehors la rue s'agite, comme un lundi.
J'entends une femme péter les plombs sur un mec qui bredouille, dans mon histoire c'est son mec. Elle laisse le monstre en elle prendre la main, sa voix sort de sa gorge, impulsée par la haine. 

T'entends pas ce que je te dis, merde !? Moi, je t'entends.
Le froid me fait du bien. 

J'économise mes mouvements. 
Je jure, j'envoie la grosse artillerie, les putain de bordel de merde, fait chier. 
Je douille. J'en fais des caisses. 
Je reçois des SMS qui me demandent comment je vais,comment je fais. Je me vois de l'extérieur, le dos de la main sur le front, répondre dans un souffle, affligée : On fait aller... 
J'en fais des caisses.J'attends 8h pour appeler l'ostéo, quand c'est fait, je prends le premier rdv possible. 4 jours, 500 pages, 2 films, beaucoup d'antalgiques et de siestes plus tard, le dénouement n'a jamais été aussi proche.Mes cheveux sont mouillés quand je dois partir. Pas de sèche cheveux, putain il fait -6. 
Tant pis. 
C'est pas comme si j'avais le choix.
Dehors soleil sec, éblouissant, cru.Je m'aperçois que je marche mieux. Les escaliers se descendent mieux, les pas se déroulent avec plus de naturel. Ça roule à peu près.Mes cheveux mettent une minute à se glacer. Les mèches sont figées de part et d'autre de mon visage. Tête de playmobil. Les mèches qui dépassent de mon bonnet débile que je me tue à porter depuis le froid polaire.Quand par hasard je croise mon visage dans un reflet quelconque je suis choquée. Putain de bonnet. 
J'ai pas une tête à chapeau. J'ai une tête à lunettes, une tête à claques. Pas à chapeau.
J'arrive devant une grande tour, je prends un ascenseur pour le 8e. Seule dans la salle d'attente, je regarde la vue, carrément belle, Instagrammable. 
Du coup, quoi? Je prends une photo.Le mec vient me chercher, poignée de main vigoureuse. J'essaie de réparer mon manque de manière de tout à l'heure.Je raconte les trucs habituels : Jamais pu me relever, ça s'est verrouillé, j'ai si mal Docteur, sauvez moi, je vais mourir.
J'en fais des caisses.
Je me traîne en pantalon/soutif sur une table défraîchie. Il a pigé en deux secondes, avant même de me toucher il a fait "ah, d'accord".Je sais pas à quel point c'est de l'esbroufe ce genre de "ah d'accord".

Il est content de lui, il répète "cinquième lombaire, ce sont des choses qui arrivent" en me tordant dans tous les sens. Ça craque partout je garde ma dignité, je m'entends même ricaner alors que ça bute son truc. Vous n'êtes pas venue pour rien dit-il à chaque fois que mes os craquent.Ça résiste, il n'y arrive pas. On y arrive pas.J'ai l'impression d'apprendre un art martial en accéléré. Une sorte de catch pour les nuls. Une danse brutale.
Quand il me dit soufflez, je le fais avec la peur au ventre, c'est là que ça fait super mal, au début on se méfie pas, on inspire et quand on expire, bim.
On finit par l'avoir, cinquième lombaire. La vertèbre délogée retourne à sa place, un bruit sourd semble signifier que ça y est, c'est bon. Et le mec fanfaronne un peu. Je le comprends. Quelque chose s'est détendu mais autre chose se tend immédiatement ailleurs. Le truc sans fin.En retrouvant la rue, le froid me colle une gifle, on oublie vite ces choses là. Je marche contre le vent qui s'invite dans mes bronches, me saisit, me coupe le souffle.Je parle à mon fantôme de douleur, tu peux partir maintenant, ya plus la place pour toi. Tout est à nouveau étroitement imbriqué mais lorsque je bouge, je sens les vertèbres croustiller, je les entends, j'affabule.
Je retourne plus tard m'allonger, la mort dans l'âme comme c'est pas permis. il m'avait prévenu : Le premier jour ce sera pire, demain ça ira mieux, mercredi c'est oublié. 

Lamaline, tramadol, ibuprofene.Je rêve d'une journée hyperactive. 

Les chattes se collent à moi, on est toutes mortes de froid et d'ennui. Mais elles, elles adorent ça : rien foutre, dormir, aller d'un truc moelleux à un autre truc moelleux, bailler, manger, recommencer.  En 4 jours, je me suis métamorphosée en chat. Un chat qui ronge son frein, qui fait du mélodrame en rêvant de courir comme un lapin.
J'en fais des caisses. 

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