Georges

Georges

samedi 16 septembre 2017

Easy Listing

Une accréditation pour être reporter officiel de l'automne.
Une baisse du cours de l'empathie.
Des remèdes avérés efficaces contre la misère intellectuelle.
Des embardées fantasmées.
Une mygale au plafond qui fascine et effraie.
La baisse des températures, de la sérotonine, de l'ocytocine, de la dopamine et que sais-je encore.
Le café par litre, robusta exclu.
Les attentes inassouvies, les attentes insoumises.
Les réveils avec une oreille tordue et les yeux embués cash.
Les réveils avec les mains qui tremblent et le corps tout entier qui frissonne de l'intérieur.
Les mains qui cherchent, les mains qui suintent, les mains finalement vides.
Les pieds d'argile, la gueule qu'on a le soir après une journée mythomane à jouer la comédie.
Tout va très bien, madame la marquise.
L'air frais sans pitié qui s'insinue partout.
Perdre son cool en pleine conscience.
Attraper la maladie de l'ennui.
Chercher les mots, flipper, taper, répondre à sa fantaisie d'écrire.
Avoir mille et une bonnes raisons de le faire.
N'en avoir aucune.
Se prendre pour quelqu'un, se la péter un peu.
Attendre des nouvelles, espérer qu'elles soient bonnes, rêver de se réjouir.
Rêver de rêver de se réjouir.
Faire la liste de ce qui va bien avec un rictus de satisfaction.
Construire sa tour d'ivoire, sa forteresse pour les heures froides qui se préparent.
Marcher des kilomètres dans un septembre pâle pour ne pas dire livide.
Trouver dans la grisaille des reflets argentés.
Voir le bien partout puis l'inverse, alternativement.
Attendre que ça passe parce qu'on sait bien que ça passe.
Ne pas céder à la panique et se neutraliser.
Épargner les oreilles volontaires des jérémiades.
Regretter d'échouer, ne pas s'en vouloir.
Marcher sur un fil : exceller
Valider la compétence funambule, aller du matin jusqu'au soir sans tomber.
Chancelante mais experte en pirouette, boucle piqué, salto et autres figures olympiques.
Transformer les désirs en décisions.
Préméditer des jours meilleurs qui dépassent l'entendement.
Côtoyer les joies extrêmes et les chagrins relatifs.
Perdre le rythme, la mesure.
Se rattraper aux branches qui se dénudent.
Renoncer à expliquer. 
Se refaire un café.
Avancer.











mardi 5 septembre 2017

SEPTEMBRE

Des cernes violacées sont apparus sous le lac gris de tes yeux. Tu ne sais si la fatigue, ton hygiène de vie ou tes caractéristiques génétiques en sont la cause. La combinaison des trois. Tu les regardes avec tendresse. C'est ce regard que tu révises, celui d'une affection discrète portée sur des défauts. parce que merde, les gens sont assez nombreux à nous trouver défectueux, mal gaulés, fatigués. Autant apprendre à se faire quelques compliments pendant qu'ailleurs on nous chie sur la gueule. 

La lumière te crible de ses éclaboussures d'or. Tu es comme un oiseau volant sous des branchages etroitement imbriqués. Tu es comme un oiseau qui rêve qu'il est devenu une fille qui ecrit dans un compartiment de train, avec deux autres filles qui nagent la tête sous l'eau claire de leur monde. L'une d'elle a un portable grand comme une luge habillé d'une coque rose. Elle porte des chaussures ouvertes, couleur corail. Les ongles de ses orteils ne sont pas peints alors que le reste de sa mise est impeccable. Elle te surprend à mettre son pouce dans sa bouche et à se caresser les ailes du nez avec une lanière noire, comme un ruban satiné. Ses yeux se perdent, elle est bercée, vulnérable, légèrement adorable. L'autre a la tête lourdement posée sur sa main et le visage incendié par le soleil. Elle chante sans le son, elle s’éclate en mute sur la musique. Au concours de la fille la mieux habillée, tu perdrais surement dans tes vêtements sombres et ta veste de l'armée allemande 1980. L'automne caméléon étale ses perspectives quand tu jettes ton regard après septembre. Les evidences changent et deviennent des tasses de thé fumantes, des étoles qui tiennent tes mots au chaud, des forêts roussies et des nuits moelleuses. Tu changes la cartouche de diapos, ton imagerie, tes réflexes. Peu à peu, les orteils des filles vont disparaître dans des bottes, leurs jambes vont se galber dans des collants.


Un jour différent, tu écoutes une chanson réputée pathétique et elle te nique en deux. ça t’attrape les viscères et te montent aux yeux.

Il se peut que ce soit un jour spécial de ton cycle, genre le premier jour de règle où tout est insipide.

Tu thésaurises des photos mignonnes de petits animaux. Une collection pour claquer des dents devant ton écran qui va des loutres qui dérivent main dans la main au chiot pit bull qui roule sur lui même en passant par toutes sortes de niaiserie qui rendent service à l'aigreur et font de l'ennui un espace de confort aussi douillet qu'un lit.

Un autre jour encore, tu avances, portée par les mouvements consécutifs. Toujours les même, on balance un pied après l'autre et c'est bien plus qu'un déplacement. Le soleil est frais, ton air évaporé, tes muscles chauds qui t'emportent loin. Là où tu ne sais pas bien si on a besoin / envie de ta présence discrète. Tu observes, attablée à une terrasse de café. Tu écris, c'est ta nécessité. Tu te tutoies parce que c'est plus simple pour tout le monde. C'est la règle du jeu.