Georges

Georges

samedi 5 août 2017

FRAGMENTS //


*** Le mec me demande si je suis mariée et si j'ai des enfants.
Il sépare les deux questions mais pas assez pour me laisser répondre entre chacune d'elle.
Alors que je réponds non et non, il fait une moue discrète mais que je remarque malgré tout.
Il me regarde comme on regarde un toast esseulé dont personne n'a voulu qui se fait des croûtes dans un plat trop grand.
J'ai envie de lui cracher au visage. Je souris pour ne pas perdre la face et me sens obligée de dire : Mec, qui se marie encore?
Plus tard, je me demande ce que ce doit être de te voir proposer l'éternité, une adhésion totale à toutes les composantes de ton corps et ton esprit. Fais ton truc, je serai là quoi qu'il arrive. Tu me prendras la tête avec des crises à la con mais je passerai l'éponge parce que nous nous sommes échangés des bagues... l'absolu. Je me perds dans mille considérations. 
J'ai peur de finir comme un vieux toast à croûte des fois. 

Quand il se barre enfin, comprenant que je n'en dirai pas davantage, je me dis que c'était mieux avant, quand les inconnus en restaient aux questions faciles, genre : "T'as pas du feu?" et "quelle heure est-il?"

*** Je n'aime pas les vacances, je n'aime pas vaquer, le concept de vacuité m'est étranger. 

*** Je fends l'air chaud à une vitesse trop rapide pour être honnête. Je marche comme on cavale. Je ne sais plus où j'ai laissé mon cheval. Je pense aux duels perdus, aux sprints gagnés, à la combativité. Je pense à diluer l'absolu dans le tendre. 

*** On doit m'adresser une photocopie recto/verso quasi quotidienne de son cœur afin que je me rassure sur la place que j'y prends. La découpe nette de ma silhouette s'y promenant sans faire forte impression. Le besoin de consolation qui fout un peu la honte, quand il faut qu'on te hurle ton importance. Parce que les ami.e.S sont si loin, que les regards ne se croisent plus que très rarement et que mon coeur est un glouton.  

*** L'alcool = Penthotal. ça sort de tous les bouts les petits trucs qu'on s'appliquait à dissimuler derrière des postures. La vérité qui gicle d'un coup. Et la promesse, toujours la même, de ne plus jamais boire qui devient une plaisanterie qui a assez duré.   

*** Je noircis des carnets, j'y écris sans soin, je rature, je biffe, je tâche. Mes cendres tombent sur les pages, tout comme les gouttes de café. Je fais des essais de stylo, je bâcle, je reviens sur mes dires, je me cache même plus pour le faire. J'écris dans les bars,dans les parcs, j'écris pour écrire, pour délier les noeuds, pour aplanir, comme si j'essayais d'aplanir la carte de mon cerveau toute froissée, posée sur le capot brûlant d'une caisse. Pour trouver ma route, au moins un début de piste. j'écris parce que c'est ma seule certitude. 

*** Redevenir la fille qui écrit pour me consoler d'être la fille qui attend.