Georges

Georges

vendredi 17 février 2017

GRANDIR

Il y a 6 ans, le 11/11/11, j'assistais à un concert de Patti Smith précédé d'une discussion au TdB à Dijon. Elle paraissait forte, fière, encore insolente quand quelque chose l'emmerdait. Elle crachait par terre et envoyait chier le monde, à commencer par le plan com du TdB qui avait prévu un concert acoustique / lecture qui s'est transformé en conversation.

Ce jour là, en 2011, elle avait beaucoup évoqué l'esprit du punk rock. 

Le soir même, elle a donné un show calme, sans ampli qui t'arrache la tête. Elle n'a pas défoncé de guitare mais elle a donné deux trois coups d'oeil au rétroviseur, sur ses années folles, les années 70 qu'elle a vécu entre le CBGB et le Chelsea hotel, croisant les figures les plus emblématiques de cette époque. 

Quand elle est arrivé le  14 février de cette année devant l'autel de la chapelle de Ronchamp, elle avait la fébrilité d'une personne de son âge qui aurait, disons, oublié ses lunettes. Aidé d'un roodie, elle enjambe des cables enroulés sans assurance. Elle voit mal, cherche son gant, ses lunettes, remet son gant à l'endroit, perd encore quelque chose. Elle oublie d'allumer l'ampli de sa guitare, elle pouffe, elle rit, parce que c'est la vie. 

A la fin du show, elle fait même tomber sa guitare, elle laisse les autres s'affairer à la ramasser et nous dit : "It's fine". 

Pas une seule fois elle n'évoque le punk, pas une fois elle essaie d'être la Patti Lee Smith des années zinzin. 

Elle a un truc qui irradie, de la sagesse, de l'intelligence, un humour vif...

Dès qu'elle chante, elle redevient solide comme un chêne aux racines puissantes, elle n'a plus d'age et plus rien ne l'entrave. 

Nous étions 200, c'était un concert calme et recueilli, une leçon de maturité, de résilience. Elle n'est pas / plus dans la feinte, Patti. Elle a tout vu, on lui fait pas à l'envers, alors ok, elle fait des trucs chelous, elle serre la pince au Pape François, au Dalaï Lama, elle aime cotoyer les gens qui pèsent. 

C'est très beau de voir une nana comme elle renoncer à correspondre à l'idée qu'on a plaquée sur elle. 
Elle n'a plus l'âge de faire des trucs dingues, de se branler sur sa guitare avant d'en arracher toutes les cordes, une à une, à se faire saigner les doigts. 

Elle a l'âge de donner ce qu'elle a : de l'amour, de l'inspiration, des concerts de poche dans des lieux mystiques où elle lit des bribes de sa vie, où elle parle simplement. C'est comme si elle disait; ça va aller, ayez confiance, on enterre des gens et on s'en remet, on ne les perd pas, ils sont toujours là.


Et quand tu sors de la chapelle, tu te dis que oui, ça ira, c'est sûr.



J'ai écrit ça à ce sujet ; 

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