Georges

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vendredi 27 janvier 2017

trop fun

L'avenue de Colmar c'est le pire endroit pour marcher. Aucune distraction. On croise la CCI, le lycée couffignal, Euromaster, des gens pressés, des gaz qui daubent et quelques boites d'intérim qui arborent des devantures de fast food.

- Vous maîtrisez le pack office, l'allemand et le silence ?
- Parfaitement madame, je suis une tombe qui parle allemand en faisant des tableaux Excel.
- Autre chose à ajouter ?
- Oui Madame, une sauce andalouse et un supplément oignons.
- Très bien.

Jamais tu verras un pékin se promener dans ce coin de la ville. En même temps, t'habites pas à Strasbourg pour convulser dans la pollution Avenue de Colmar et te taper des slaloms entre des molards congelés et des plaquettes de médocs.
Dans la ville de la petite France, faut être salement inspiré pour profiter du soleil dans ce coin là.

Je pense à ce réflexe contemporain consistant à vouloir faire du fun avec des données tristes. Tu trouveras pas plus chiadé qu'une boutique de pompes funèbres. On pourrait y vendre des déguisements, farces et attrapes sans que ce soit vraiment étonnant.
Et dans les boites d'intérim, t'as tous les refoulés du club Med qui s'acharnent à te faire croire que c'est génial de bosser trois jours tous les deux mois. D'attendre des reliquats et des attestations pendant des semaines en bouffant de la vache enragée.
Tu peux retapisser tes chiottes avec des soldes de tout compte, t'auras pas tout perdu...

1 commentaire:

  1. Quand j'étais petit, mon père est parti bosser à Strasbourg. Déracinement. Violence. Dans la cour, à Schiltigheim, je me fais défoncer à 4 contre 1 parce que je n'ai pas encore appris les règles de la téci d'à côté. Et puis j'apprends. Et puis, surtout, je rencontre un instituteur, qui voit ce que je suis, et qui au lieu de niveler par le bas, pas une tête qui dépasse, ce que j'ai vécu après, toute la vie, me dit, tiens, prépare les classes bilange du lycée Kléber. Je travaille, et je rêve, enfin, d'aller au même lycée que mon frère et ma sœur, de devenir un grand, d'aller à Strasbourg en car, de marché dans l'avenue Kléber à défaut de l'avenue de Colmar. Et puis fin de la récré, papa viré, retour à la case départ, banlieue parisienne. Riche. Et putain, l'impossibilité de redevenir ce que j'aurais du (pu?) rester, un bourgeois protégé et heureux de l'être.
    Y a pas de solution, Georges. Si tu fais de l'interim, t'es baisé, si tu te trouves un job, tu vas monter, et on va te demander de faire des puteries que tu refuseras de faire, et tu repartiras en bas, d'où tu monteras parce que t'es plus maline que les autres, jusqu'à ce que. Faut se planquer, trouver le calme en soi, se barrer de la ville, et laisser les nids des grands corbeaux te rappeler que la beauté tient à quelques brindilles. Va à Brumath, regarder la glace recouvrir les algues qui poussent au-dessus des herbes aquatiques.

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