Georges

Georges

mercredi 28 août 2013

Mislead your audience


Tu te tiens sur le bord d'une chaise, tes genoux relevés sous ton visage, prédatrice implacable qui attend le doute pour en faire un drame bas de gamme. 
Avec ta main gauche, tu maintiens un filtre et ton index droit tasse une ligne de tabac frais sur une feuille OCB.
Zip zap zip zap.

Tu penses au cloisonnement induit par cette obsession d’écrire, cet exil très peu compris, même par toi, que tu te refuses par manque d'audace.

Tu te vois pas dire : 

*Écoute, non, pas ce soir, je dois écrire. 
*Écoute, non, pas ce soir, je voudrais cribler de fautes et de hiéroglyphes un tas de pages qui n'a rien demandé. 
*Écoute, non, tu vois, j'ai prévu de passer les prochaines heures à écrire/effacer/écrire/effacer ad libitum...


Le peintre peint, ses mains en parlent, les taches sur ses vêtements aussi. 
Le photographe arpente les rues avec ses armes autour du cou, ostentatoires, précieuses, lustrées. 
La fille qui écrit, non. Elle mate, elle thésaurise et elle attend la solitude. Elle ne sort pas son stylo au milieu d'un apéro pour choper au lasso l'idée prétendument brillante qui lui a secoué le caisson. 
Elle rit avec les autres en serrant les poings pour pas perdre son flash, le truc qu'elle ne note pas, pour pas passer pour la crâneuse exaltée qu'elle n'est pas tant que ça.
Elle espère que ça tienne, que ça revienne.
Que ça devienne quelque chose d'autre qu'un tas de lettres mortes postées sur la toile. 
Que ça ne se perde pas avec le reste, dans des limbes de mot qui n'ont pas eu de chance, apparus en fulgurance alors que c'était pas le moment. 

La frustration te dévore : Sans discipline, sans acharnement et sans l'audace d'imposer ton obsession comme un mode de vie, tu ne verras jamais la moindre ligne prendre le pas sur ta peur de passer pour une conne. 

Tu resteras cette fille qui dit qu'elle écrit comme on avoue qu'on a pissé au lit. 
*TOUT          CELA         DOIT         CHANGER* 


jeudi 22 août 2013

The month before

Tu as eu 30 ans au plein cœur de la farce dont tu étais le dindon magnifique. 
Ton train a déraillé suite à un mauvais aiguillage.
Le dindon a fait contre mauvaise fortune bon cœur, abandonnant ici et là des évidences brumeuses, l'assurance de mots infaillibles, assénés jusqu'à l'hébétude, des mots qui te laissent dans une humeur de cuite pour plusieurs mois. 

Tu as atteint le degré de maturité qui t'encourage à laisser loin de toi les nuisances parasites, les histoires qui sentent déjà le brûlé alors même que t'as pas encore sorti tes allumettes. 
T'as abandonné : 
-L'idée de faire de la prise de risque permanente ton unique ferveur. 
-L'idée d'abattre toutes les frontières de la pudeur et vivre une convalescence rimbaldienne destructrice, stérile, publique. 

Tu as rompu tes vœux stupides : d'anorexie, de folie, d'amour éternel sans divorce.

Tu as évité le pire après t'être promenée sur ses rives. Tu l'as frôlé de près, au moins désormais tu connais son odeur pestilentielle et tu sais que c'est pas ton truc, le pack angoisse : pire, drame, échec et la misère affective. 

La misère tu sais qu'on peut totalement l'inventer si on est doté de l'imagination tordue qui va avec la mauvaise foi.

Tu as senti, alors que s'effondrait dans ton ventre toutes les croyances confortables, une confiance s'ériger en toi et maintenir ta carcasse droite, ton regard haut et redoutable. 

Tu ne déambules plus comme un fantôme béat qui ne sait pas quoi hanter, comme un vampire affamé qui cherche le goût métallique de l'amour absolu dans des citrons sans jus. 

Tu as eu trente ans, cette année a été la plus éprouvante de ta vie, tu peux le dire à un mois d'avoir 31 ans. 

Tu commences depuis peu à tirer les leçons du carnage, à regarder des fleurs dopées pousser sur la terre brûlée. 


Tu veux jouir des ressources cachées dans tes cellules, rétablir les couleurs et annuler les élans mélancoliques qui assèchent et brutalisent le bonheur le plus élémentaire : ELLE.

Celui d'avoir eu trente ans, d'avoir perdu tout ce que tu pensais posséder pour l'éternité. 
D'avoir perdu le sens et le gout de l'éternité. 
D'avoir perdu l'envie de mettre en mots les banalités domestiques. 

Tu veux t'attacher à devenir meilleure là où tu as eu l'habitude de t'illustrer par ta médiocrité. 


On peut tout te reprendre, il te restera encore tout ce qui ne peut t'être pris : 

- ce qui se passe derrière une fenêtre de train 
- les brûlures de soleil, de neige, d'envie, de feu
- Un stylo chargé, prêt à tout déglinguer
- Une série d'aubes, de crépuscules, de glissement de saisons
- Des indignations et des ravissements
- Le ressac, la vague brisée
- Les rires de hasard et les rires familiers
- Les esprits qui s'échauffent, qui se frottent et se piquent
- Les souvenirs, sélectionnés, triés, recyclés, valorisés
- Et le reste...
- Et le reste...
 




mercredi 14 août 2013

Struggle for life

Tu te conformes à l'existence imposée qui s'avère verticale et âpre sans béquille. 

Cette habitude que tu as pris de t'épanouir en flammes, il faut t'en débarrasser. Ne plus mettre de charrue avant les bœufs et ne plus croire en l'oubli de soi comme solution salvatrice.

 Désapprendre tout ce qui t'as été donné comme une vérité désormais menteuse.
 Ta mémoire te balade dans les névroses partagées, la complaisance dans la confusion.
 S'oublier, se diluer, se laisser aller à trop écouter ce qui vient de l'intérieur. 

Tu te méfies des feux d'esbroufe qui démarrent dans les steppes asséchées.
On ne se méfie JAMAIS ASSEZ d'une lueur d'incandescence qui veille pour tout enflammer au moindre courant d'air. 
Tu te tiens sur tes gardes au moindre courant d'air, courant d'eau, tu chasses ce qui t'attire loin de la berge pour t'épuiser dans tes gesticulations de noyée. 
Tu te fatigues à  sauver les meubles au lieu de les laisser pourrir, de déclarer l’état de catastrophe naturelle et de te concentrer sur des brasses propres qui te propulsent dans ce qui finit par n'être qu'une flaque de sueur, de pisse, un bouillon dégueulasse dont il faut s'extraire avant de boire une tasse fatale.

Tu dois foutre au feu des mots, une profusion de mots sagement rangés dans des cahiers, qui se sont vautrés dans des certitudes, dans des plans d'éternité alors même que ce mot ne concerne que les cailloux, et encore.
Un amour minéral et figé ne nourrit personne.
La nourriture, il faut la chercher ailleurs, dans ce qui amuse et rend service à l'ennui. 
Tu veux des sœurs et des frères, des amours hippies et innocentes. 
Du temps qu'on n'hypothèque pas sur du vide.
Fuir dès que possible la ville au relent d'amour mort qui t'oblige à raser les murs. 
Les rues se souviennent et se gaussent de la personne que tu as été et que tu dois apprendre à ne plus être. Elles peuvent se foutre de ta gueule, t'en as fait des caisses, on t'y reprendra plus.

Tu ne seras plus ce feu follet convaincu et volontaire qui dépose ses abats entre les mains d'un autre être et qui patiente pour tout récupérer, pour se consolider. 

Tu luttes pour mettre de côté ta nature emportée, lisser les irrégularités dont tu as longtemps été fière, ne plus rien attendre que tu ne saches toi même te donner. 

Considérer par le mépris les rugosités qui t'empêchent, qui t'attachent, qui t'obligent à te débattre, sans cesse et à bout de force. 

 
Avancer. 
Avancer. 
Avancer.