Georges

Georges

lundi 19 novembre 2012

Remplir le vide

Pour un moment, s'extraire du monde et l'observer sans prendre part à ses affairements. Rester au loin, tenir à distance les violences à répétition qui martèlent une certaine idée de l'ordre, de la bienséance et du comme il faut. 

Observer l'oeil boursouflé de cette femme qui lève la tête en direction de l'écran de controle de la gare. Celui qui nous dicte quel couloir emprunter, à quelle heure, pour quelle destination. 
Le voyage sous tutorat.
Je baisse les yeux quand son oeil sain me regarde pour ne pas la mettre mal à l'aise avec ma compassion. 
C'est insupportable lorsqu'on pleure dans les rues, qu'on se traine une plaie visible, de se taper par dessus le marché les regards souffreteux et voyeurs des êtres qui se cherchent des catastrophes. 

Dans les ballotements du train bondé, je mêle des réalités à mes délires nébuleux, aux interprétations libres que je fais de ces visages fermés et des paysages qui se tirent la bourre, s'annulant l'un après l'autre et dont je ne garde rien. 
Je fais semblant d'écouter de la musique, en réalité mes écouteurs sont muets depuis que je ne sais plus quelle chanson choisir qui ne soit rattachée à rien.

Il y a bien ce chant qui sourd de mes lèvres closes et que je suis seule à entendre. Il y a aussi le tapotement à mes tempes, calme, rassuré.

S'extraire du monde, se détacher, être une silhouette dans un train qui met en scène des spectres diaphanes, ignorant tout de la rumeur, des cris et des solitudes qui n'osent pas se regarder. 
Dans le décor mouvant coupé en deux par la ligne du ciel, vos contours flous vibrent comme la flamme d'une bougie. 

Une sarabande d'ectoplasmes agrémente ma double expédition, celle  conduite par les rails tangibles, l'autre, fruit de mon imaginaire haletant. 

A l'approche du piétinement final qui oblige le frôlement des corps, je remonte mon col, et embrasse d'un dernier regard la masse sombre formée de ceux qui restent.
Comme pour dire aurevoir, comme pour ne rien dire du tout. 

Clore ma digression et dérouler des pas ardents, accorder une attention appliquée à la tension de mes muscles, à toutes les sensations qui relèguent au second plan les tergiversations d'un cerveau qui s'ennuie.  




dimanche 11 novembre 2012

Les belles images

_ Des mots écrits récemment au crayon de bois il ne restera bientôt plus rien. Qu'importe maintenant que je sais que rien ne dure, que ces mots qu'on pose sur des cahiers qui empestent l'ennui et la torpeur, ne seront pas relus... condamnés à l'oubli comme ils le sont au mensonge. 

_ Souvent j'ai écrit pour me tenir compagnie. Or, être l'unique destinataire de mes tergiversations esthétisantes sur une vie que je ne regarde plus, la tête dans un cahier, c'est vraiment prêter trop d'attention à l'ennui. 

_ C'est un mal contemporain, d'ériger l'ennui en activité à part entière. Ne surestimons pas trop, trop vite, des activités bas de gamme qui n’œuvrent pas à faire de nous de meilleurs vivants.

_ Devenir une inconnue dans ma propre vie est une expérience déplaisante mais riche. Tu en apprends beaucoup sur ce et ceux que tu crois connaître. tu deviens ce personnage anecdotique dont on salue les brèves apparitions sans s'inquiéter pour autant de ton absence.

_ Partager l'errance des chats, aller d'un endroit à un autre, déplacer une solitude douloureuse là où on préfère que tu ris, que tu penses à autre chose. 

_ J'ai appris à faire bien des grimaces pendant ce dernier mois. De celles qui rassurent les inquiétudes extérieures. C'est ce qui est amusant lorsque tu vois ta vie devenir ton cauchemar, il faut maintenir le rêve dans les yeux spectateurs, parce que tu ne peux pas mépriser les belles images que caressent les autres. Les collages qu'ils se font avec un peu de ta vie en ingrédient de base... tu ne peux pas arriver avec une réalité imprévue et crasse, déchirer leurs collages, les laisser comme ça. 

_ On ne fait pas ça. Il ne faut pas. Les spectateurs n'aiment pas les surprises. Tu ne dois pas LEUR faire ça.

_ L'actualité est vomitive. Avec ces hommes d'églises qui se mettent à avoir un avis sur la vie sexuelle des invertis. Chaque jour, on reçoit les doutes, l'angoisse de la fin de l'humanité orchestré par des gens qui ne savent pas, qui ne savent rien. 

_ A ce sujet, ce papier est très très bon : ICI
Celles et ceux qui ne sont pas AVEC nous sont CONTRE nous. Plus que jamais.

_ Tu sais, je pourrais étirer mon écœurement sur des kilomètres de mots. 

_ Tu sais, je préfère balancer mon grappin de cet autre côté que je crois entrevoir, gravir centimètre par centimètre la façade sombre pour regagner les cimes et respirer la hauteur.