Georges

Georges

mardi 13 février 2018

12022018

Au réveil le cerveau frise, chancelle, et finalement me jette dehors. Fuir à toutes jambes reste préférable, on tire peu de profit à stagner dans des eaux de vaisselles. Étudier la différence subtile entre le ressassement et la rumination en regardant le plafond peut rendre le temps si long qu'on n'en voit plus la fin. Quand je rentre dans le bar, mes doigts ankylosés ne savent plus former les mots. J'ai l'écriture hésitante d'un gaucher contrarié. Je regarde dehors mais je ne fixe rien de spécial, une femme me sourit alors qu'elle essaie de sortir son vélo d'une embuscade. Je comprends pas les tenants et les aboutissants de son histoire de vélo mais je ne réponds pas à son sourire que je prends pour un rictus d'effort. Les minutes qui suivent sont occupées à la flagellation. Me reprocher le moindre truc est érigé en religion. La pluie c'est moi, les accidents c'est moi, la vérole du bas clergé, bien sûr, c'est moi. J'ai raté le coche, voilà, qu'est-ce qu'on en a à foutre.
Les amoureux d'hier sont encore là. La fille sort fumer une clope. Même loin de son mec, elle reste une amoureuse, elle inspire, expire, transpire l'amour. Elle en fout partout.
Je reviens écrire au café Berlin après quelques mois à rester chez moi. J'ai l'impression de confirmer ma vocation quand j'écris dehors. Mon activité prend corps puisqu'il y a des témoins. Je suis sans ambiguïté une fille qui écrit, je me résume à "ça", "ça" me définit et c'est ce que je recherche.




11022018

Sortir de la boucle comme le hamster sort de sa roue. Épier les amoureux aux yeux bouffis, qui mangent le même croissant, qui sont là sans être là. Échanger quelques mots avec des inconnu.e.s, se souhaiter une bonne journée et sourire tant et si bien. Faire des politesses, s'excuser un peu, et puis s'excuser de s'être excusée, pour faire simple. Écouter Chantal Akerman : il n'y a rien à dire disait ma mère, et c'est sur ce rien que je travaille. Fin de citation. Aimer le rien, chérir le vide. Remplir à tout prix, remplir coûte que coûte, bon. Pour quoi faire? Regarder encore les autres, ceux qui parlent entre eux, dont la légèreté éclabousse. La réverbération de leurs conversations. Ils parlent gaiement, te font du bouche à bouche, ils ne s'en rendent pas compte. Ils prennent tes constantes. Ils réussissent, ils réhabilitent le vide. Il n'y a rien à dire donc, et c'est sur ce rien que je travaille. Remettre son manteau dans un mouvement fantasque, comme un geste d'humeur. Se voir faire et faire quand même. C'est sur ce rien que je travaille.


samedi 16 septembre 2017

Easy Listing

Une accréditation pour être reporter officiel de l'automne.
Une baisse du cours de l'empathie.
Des remèdes avérés efficaces contre la misère intellectuelle.
Des embardées fantasmées.
Une mygale au plafond qui fascine et effraie.
La baisse des températures, de la sérotonine, de l'ocytocine, de la dopamine et que sais-je encore.
Le café par litre, robusta exclu.
Les attentes inassouvies, les attentes insoumises.
Les réveils avec une oreille tordue et les yeux embués cash.
Les réveils avec les mains qui tremblent et le corps tout entier qui frissonne de l'intérieur.
Les mains qui cherchent, les mains qui suintent, les mains finalement vides.
Les pieds d'argile, la gueule qu'on a le soir après une journée mythomane à jouer la comédie.
Tout va très bien, madame la marquise.
L'air frais sans pitié qui s'insinue partout.
Perdre son cool en pleine conscience.
Attraper la maladie de l'ennui.
Chercher les mots, flipper, taper, répondre à sa fantaisie d'écrire.
Avoir mille et une bonnes raisons de le faire.
N'en avoir aucune.
Se prendre pour quelqu'un, se la péter un peu.
Attendre des nouvelles, espérer qu'elles soient bonnes, rêver de se réjouir.
Rêver de rêver de se réjouir.
Faire la liste de ce qui va bien avec un rictus de satisfaction.
Construire sa tour d'ivoire, sa forteresse pour les heures froides qui se préparent.
Marcher des kilomètres dans un septembre pâle pour ne pas dire livide.
Trouver dans la grisaille des reflets argentés.
Voir le bien partout puis l'inverse, alternativement.
Attendre que ça passe parce qu'on sait bien que ça passe.
Ne pas céder à la panique et se neutraliser.
Épargner les oreilles volontaires des jérémiades.
Regretter d'échouer, ne pas s'en vouloir.
Marcher sur un fil : exceller
Valider la compétence funambule, aller du matin jusqu'au soir sans tomber.
Chancelante mais experte en pirouette, boucle piqué, salto et autres figures olympiques.
Transformer les désirs en décisions.
Préméditer des jours meilleurs qui dépassent l'entendement.
Côtoyer les joies extrêmes et les chagrins relatifs.
Perdre le rythme, la mesure.
Se rattraper aux branches qui se dénudent.
Renoncer à expliquer. 
Se refaire un café.
Avancer.











mardi 5 septembre 2017

SEPTEMBRE

Des cernes violacées sont apparus sous le lac gris de tes yeux. Tu ne sais si la fatigue, ton hygiène de vie ou tes caractéristiques génétiques en sont la cause. La combinaison des trois. Tu les regardes avec tendresse. C'est ce regard que tu révises, celui d'une affection discrète portée sur des défauts. parce que merde, les gens sont assez nombreux à nous trouver défectueux, mal gaulés, fatigués. Autant apprendre à se faire quelques compliments pendant qu'ailleurs on nous chie sur la gueule. 

La lumière te crible de ses éclaboussures d'or. Tu es comme un oiseau volant sous des branchages etroitement imbriqués. Tu es comme un oiseau qui rêve qu'il est devenu une fille qui ecrit dans un compartiment de train, avec deux autres filles qui nagent la tête sous l'eau claire de leur monde. L'une d'elle a un portable grand comme une luge habillé d'une coque rose. Elle porte des chaussures ouvertes, couleur corail. Les ongles de ses orteils ne sont pas peints alors que le reste de sa mise est impeccable. Elle te surprend à mettre son pouce dans sa bouche et à se caresser les ailes du nez avec une lanière noire, comme un ruban satiné. Ses yeux se perdent, elle est bercée, vulnérable, légèrement adorable. L'autre a la tête lourdement posée sur sa main et le visage incendié par le soleil. Elle chante sans le son, elle s’éclate en mute sur la musique. Au concours de la fille la mieux habillée, tu perdrais surement dans tes vêtements sombres et ta veste de l'armée allemande 1980. L'automne caméléon étale ses perspectives quand tu jettes ton regard après septembre. Les evidences changent et deviennent des tasses de thé fumantes, des étoles qui tiennent tes mots au chaud, des forêts roussies et des nuits moelleuses. Tu changes la cartouche de diapos, ton imagerie, tes réflexes. Peu à peu, les orteils des filles vont disparaître dans des bottes, leurs jambes vont se galber dans des collants.


Un jour différent, tu écoutes une chanson réputée pathétique et elle te nique en deux. ça t’attrape les viscères et te montent aux yeux.

Il se peut que ce soit un jour spécial de ton cycle, genre le premier jour de règle où tout est insipide.

Tu thésaurises des photos mignonnes de petits animaux. Une collection pour claquer des dents devant ton écran qui va des loutres qui dérivent main dans la main au chiot pit bull qui roule sur lui même en passant par toutes sortes de niaiserie qui rendent service à l'aigreur et font de l'ennui un espace de confort aussi douillet qu'un lit.

Un autre jour encore, tu avances, portée par les mouvements consécutifs. Toujours les même, on balance un pied après l'autre et c'est bien plus qu'un déplacement. Le soleil est frais, ton air évaporé, tes muscles chauds qui t'emportent loin. Là où tu ne sais pas bien si on a besoin / envie de ta présence discrète. Tu observes, attablée à une terrasse de café. Tu écris, c'est ta nécessité. Tu te tutoies parce que c'est plus simple pour tout le monde. C'est la règle du jeu. 






samedi 5 août 2017

FRAGMENTS //


*** Le mec me demande si je suis mariée et si j'ai des enfants.
Il sépare les deux questions mais pas assez pour me laisser répondre entre chacune d'elle.
Alors que je réponds non et non, il fait une moue discrète mais que je remarque malgré tout.
Il me regarde comme on regarde un toast esseulé dont personne n'a voulu qui se fait des croûtes dans un plat trop grand.
J'ai envie de lui cracher au visage. Je souris pour ne pas perdre la face et me sens obligée de dire : Mec, qui se marie encore?
Plus tard, je me demande ce que ce doit être de te voir proposer l'éternité, une adhésion totale à toutes les composantes de ton corps et ton esprit. Fais ton truc, je serai là quoi qu'il arrive. Tu me prendras la tête avec des crises à la con mais je passerai l'éponge parce que nous nous sommes échangés des bagues... l'absolu. Je me perds dans mille considérations. 
J'ai peur de finir comme un vieux toast à croûte des fois. 

Quand il se barre enfin, comprenant que je n'en dirai pas davantage, je me dis que c'était mieux avant, quand les inconnus en restaient aux questions faciles, genre : "T'as pas du feu?" et "quelle heure est-il?"

*** Je n'aime pas les vacances, je n'aime pas vaquer, le concept de vacuité m'est étranger. 

*** Je fends l'air chaud à une vitesse trop rapide pour être honnête. Je marche comme on cavale. Je ne sais plus où j'ai laissé mon cheval. Je pense aux duels perdus, aux sprints gagnés, à la combativité. Je pense à diluer l'absolu dans le tendre. 

*** On doit m'adresser une photocopie recto/verso quasi quotidienne de son cœur afin que je me rassure sur la place que j'y prends. La découpe nette de ma silhouette s'y promenant sans faire forte impression. Le besoin de consolation qui fout un peu la honte, quand il faut qu'on te hurle ton importance. Parce que les ami.e.S sont si loin, que les regards ne se croisent plus que très rarement et que mon coeur est un glouton.  

*** L'alcool = Penthotal. ça sort de tous les bouts les petits trucs qu'on s'appliquait à dissimuler derrière des postures. La vérité qui gicle d'un coup. Et la promesse, toujours la même, de ne plus jamais boire qui devient une plaisanterie qui a assez duré.   

*** Je noircis des carnets, j'y écris sans soin, je rature, je biffe, je tâche. Mes cendres tombent sur les pages, tout comme les gouttes de café. Je fais des essais de stylo, je bâcle, je reviens sur mes dires, je me cache même plus pour le faire. J'écris dans les bars,dans les parcs, j'écris pour écrire, pour délier les noeuds, pour aplanir, comme si j'essayais d'aplanir la carte de mon cerveau toute froissée, posée sur le capot brûlant d'une caisse. Pour trouver ma route, au moins un début de piste. j'écris parce que c'est ma seule certitude. 

*** Redevenir la fille qui écrit pour me consoler d'être la fille qui attend. 


samedi 22 juillet 2017

2015 // 2017 NOTES

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Je me dispute, j'insiste, je suis lourde de mes doutes, sans véritable drame.
Je ne suis pas même malade. Déni de dépression et joie de vivre surjouée.  .
Je laisse mes nerfs sur le site caf.fr parce que le remplissage de cases est ma phobie avérée.
Je perds mes nerfs quand on me veut du bien d'une façon qui me fait mal.
J'embrase mes nerfs à coup de provocations puériles.
Je vois un nerfs de bœuf qui me flagelle. Je vois mon énergie déployée à mauvais escient.
Le feu que je retourne contre moi.
La paix que je me refuse. La paix que je me dois.
Je laisse mes nerfs sur l'oreiller à côté de moi, je les expulse, mes nerfs pulvérisés.
Je regarde le crayon khol aquarellé sur la taie d'oreiller Ikea. Rorschach foireux, traits tremblotants qui ne racontent rien de spécial. 
Tout au plus une histoire de honte.


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Principalement, en choeur, nous pleurons tous des morts plus ou moins proches. On se noie dans des flaques de larmes en se regardant avec amour. On tend une main vers l'autre, on lui caresse le bras avec les yeux qui tombent. On voudrait dans un élan gamin arracher au monde toutes ces mauvaises nouvelles qui mûrissent dans son ventre mou. Celles qui nous tirent les traits, qui nous creusent. 

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- Le genre à sourire quand elle se brûle. La vie lui à donner un homme riche et repris tout le reste. Elle est restée la même mais elle a appris à se mentir. Désormais c'est dans des sacs en papier naturalia qu'elle étouffe ses angoisses. Elle a au moins upgrader un pan de sa vie, celui de la consommation. Elle consomme comme c'est pas permis. Elle bouffe bio sans savoir respecter les saisons. Le comble de l'embourgeoisement c'est la connerie qui va avec. Tu manges des tomates en février mais t'as toujours la bouche ouverte pour faire la moral à qui se permettrait d'acheter deux pommes à l'aldi par pur souci d'économie.  Elle achète des pompes en triple pour être sûre. Sûre de quoi, on sait pas. Elle achète pour remplir le vide de son existence. Des merdes qu'elle accumule au cas où ça puisse servir un jour. Toute sa vie converge vers une certitude : elle se fait sacrément chier.

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J’ai traversé la France, sur les routes, j’ai collecté des souvenirs vagues. Des images saccadées à la persistance rétinienne diffuse. 
Transeuropéenne. Mon énergie consumée, je dodeline à l'arrière de la berline. Ma tête tombe d'un côté, de l'autre. Un sommeil sans rêve, en pointillés, irrésistible. La vallée roule sous mes yeux par épisodes. Les secousses me sortent du vague. J'ai des fourmis dans les cuisses et le cul engourdi. 

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Des vins rares en grande quantité. Des ivresses renouvelées chaque jour pour maintenir l’esprit dans la nébuleuse et prolonger le voyage immobile. Une perdition désirée et exaucée. 
Mes jambes serrées, mes muscles tendus vers toi, cherchant à t’arracher des cris. Les envies moites des heures chaudes d’Aout. Le flou vainqueur et le grésillement des neurones engourdies par les toxiques légaux remboursés par la sécu et le renfort des degrés d’alcool.
Les yeux révulsés, l’écran noir des paupières, l’assaut des flashs , les torrents de lave chaude, morsures, hématomes, la mélopée du corps avide dans l’aridité.  

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La peur irraisonnée du scolopendre dans la fleur de douche. 

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Un jour pas fait comme un autre, on saura de moi que je suis ni plus ni moins une fille amusante à l'oral bien que sinistre à l'écrit. Ce sera mon grand jour. 



lundi 15 mai 2017

Macronomie

Avenue de Colmar, devant le crédit mutuel, un mec me fait de grands gestes que je ne parviens pas à interpréter vu que j'ai mon casque sur les oreilles. Je l'enlève pour écouter ce qu'il a à me dire. Dans un français hésitant il me demande un RIB en me tendant sa CB. 
Euh... Oui, on va regarder. Je lui rend sa carte sans même piger ce qu'elle fait dans ma main. 
Il l'insère et commence à me dicter le code là je fais un peu de pédagogie : on ne donne pas le code de sa CB ni à moi ni à personne, monsieur, attention. 
Je galère à trouver l'onglet pour le RiB. Je suis hyper gênée de voir tous ses comptes, 14000 balles sur le compte courant, ça va, beau gosse. 
- Monsieur, je ne trouve pas, l'agence va ouvrir demandez leur.
Il insiste alors j'alpague deux nanas derrière nous. L'une s'approche, on voit que c'est la curieuse, elle frôle l'apoplexie devant les comptes. 
Un - "Aaaaaah oui" lui échappe et je ris un peu. 

Je me barre au travail en souhaitant bonne chance à tout le monde. 

Après coup j'y repense : merde, on est sous Macron désormais, j'aurai pu facturer.